Dans le cadre d’une année de recherche menée à Kyoto, je me suis fortement intéressée au mokuhanga, technique traditionnelle japonaise de gravure sur bois. Cette immersion m’a conduite à interroger non seulement le processus d’impression, mais également le statut des matrices elles-mêmes.

Au fil de mes expérimentations, les plaques de bois gravées se sont progressivement imposées comme des objets d’attention à part entière. Leur matérialité et les traces du geste qu’elles conservent m’ont amenée à questionner leur relative absence dans les expositions consacrées à l’estampe.

C’est dans cette perspective que j’ai entrepris de recouvrir ces matrices d’urushi, une laque végétale traditionnelle japonaise, largement utilisée dans les arts décoratifs. Par ce geste, la matrice se trouve symboliquement déplacée : elle se détache de sa fonction initiale d’outil de reproduction pour accéder à un statut d’objet autonome.

La laque agit ici comme un opérateur de transformation, révélant la surface gravée tout en la fixant dans une perspective nouvelle. Les matrices deviennent ainsi des pièces uniques, destinées non plus à produire une image, mais à être regardées comme telles, dans l’espace d’exposition.

Ce travail a donné lieu à une série de matrices de gravures sur bois laquées, envisagées comme des formes hybrides, à la frontière entre outil, image et objet.

Les Papillons fragmentés

Série d’objet - Les papillons fragmentés
2026
16 x 11 x 1 cm
Bois de cerisier, laque Urushi

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